12/03/2016

PETIT RANT MILITANT

Je ne suis clairement plus le militant que j'étais au début, presque tout ce que je trouvais intelligent ou drôle lors de ma découverte du militantisme me sort aujourd'hui par les yeux, et après de grosses remises en question, tout ce que je considérais comme des vérités absolues ce sont peu à peu effondrées pour laisser place à de nouvelles idées. 


J'en suis arrivé au point où j'en ai ma claque d'un certain militantisme queer et féministe, de ses idées enrobées de paillettes mais sans substance, de son envie de changer le monde tout en restant dans des safe space, de son besoin irrépressible de mettre tout les maux du monde sur le dos des méchants "mecs cishet blancs", de son utilisation des trigger warning pour presque tout, de sa course aux oppressions...et j'en passe, parce que je ne vais pas faire la liste de toutes les choses qui selon moi nous on fait atteindre un niveau de ridicule incommensurable.

Quand j'ai rejoint le militantisme, j'avais envie de m'armer intellectuellement pour changer les choses. J'avais besoin d'une communauté, j'avais besoin d'idées nouvelles qui répondent à mes besoins, j'avais besoin d'un endroit où extérioriser ma colère, j'avais besoin d'être soutenu pour oublier à quel point le monde extérieur est pourri envers les minorités. C'est humain, y'a pas de honte à ça, et même que pendant un temps ça m'a fait du bien. 
Mais ça a fini par me bouffer. En dehors des milieux militants tout était devenu unsafe, le moindre regard était une agression, la moindre blague était offensante, tous les hommes cis étaient dangereux, et au final je vivais encore plus dans la peur alors qu'au départ je voulais m'en délivrer.

J'étais tellement obnubilé par le militantisme que j'en suis arrivé à blesser des gens - parfois des amis - qui voulaient simplement me soutenir et apprendre, et cela parce qu'ils n'étaient pas assez queer, pas assez safe, trop cis, trop hétéro, et certainement pas capable de comprendre (les cons). J'ai chié sur presque toutes les occasions que j'avais d'éduquer des gens sur la transidentité parce qu'on m'a appris que "on est pas là pour éduquer les cis!". J'en étais arrivé à un point où dès que la situation le permettait, je répétais tout ce que j'avais appris tel un gentil petit perroquet, sans jamais remettre quoi que ce soit en question. Et même s'il y a du vrai dans tout ce que j'ai apprit grâce au féminisme, dans la réalité il y a aussi des nuances et des faits qui prouvent que le monde n'est pas aussi manichéen qu'on se l'imagine.

En me sortant de la tête tous ces trucs appris par cœur, je réalise qu'être trans et neuroatypique ne fait pas de moi une pauvre chose opprimée, ça me complique la vie oui, mais au final ma vie ne tourne pas qu'autour de ça et ça fait du bien de s'en rendre compte.


tl;dr : Je n'ai plus envie d'être le parfait militant™, je rends ma carte d'adhérent.